Petit, la nuit, allongé, j’ouvrais le store et je fixais la lune qui glissait sur les nuages, j’étais bien, je ne pensais à rien. J’avais des petites boules de machins trucs qui macéraient dans le ventre, qui s’étaient accumulé au fil de la journée, à l’école, mais je n’avais pas les mots à foutre dessus pour les comprendre.
Je fixais la lune, puis fermaient les yeux et elle était encore là , toute ronde, imprimée sur l’intérieur de mes paupières pendant quelques instants. Puis elle disparaissait, quittait le carré délimité par mon velux, et ma boule dans le ventre aussi.
p196 Panayotis Pascot la prochaine fois que tu mordras la poussière
Une des pensées d'avenir de l'adolescent c'était de vivre plus tard avec un enfant. L'image d'une entente muette, de courts échanges de regards : on s'accroupissait, une chevelure, une raie irrégulière, on était près et loin en heureuse harmonie. La lumière de cette image, quand elle revenait, c'était l'obscurité peu avant la pluie sur une cour au sable grossier, bordée d'une bande de gazon, devant une maison à la présence toujours imprécise et qu'on sentait seulement derrière soi, sous le toit de feuillage serré de grands arbres bruissants.
P. Handke, Histoire d'enfant, L'imaginaire Gallimard, 1983